Trois questions à Dominique Sagot-Duvauroux

Dominique Sagot-Duvauroux est professeur d’économie à l’université d’Angers et  spécialiste de l’économie de la Culture. Suite à son passage dans l’émission «  Regardez Voir  » sur France Inter, Baptiste Leglatin l’a rencontré en mars dernier pour lui présenter le projet France Image Pro. En prolongement de cette entrevue, nous avons souhaité connaître son sentiment sur ce projet.

Quel est votre regard sur l’état de la profession  ?
Ce qui s’est passé suite aux transformations induites par le numérique est qu’une part sans cesse croissante de la valeur du marché de la photographie s’échappe au profit de nouveaux acteurs, tels les fournisseurs d’accès internet ou des société mondialisées type Google. Ce que j’appelle “la valeur vaporeuse“. En effet, la valeur produite par les créateurs ne leur revient plus. Ces transformations touchent toutes les activités de la culture. La photographie et la musique sont sans aucun doute celles qui ont été le plus affectées par ces mutations technologiques. Mais le parallèle s’arrête là. Car, en ce qui concerne la musique par exemple, les concerts sont revenus au centre de l’activité, limitant de fait cette “valeur vaporeuse “. Alors qu’en ce qui concerne la photographie, même si les expositions sont régulièrement au premier plan de l’actualité, la valeur produite ne revient pas aux photographes.
Un autre distinguo est que la musique s’adresse principalement aux particuliers alors que la photographie concerne davantage les professionnels qui sont les commanditaires et utilisateurs d’images. Or, dans ce cas les rapports de forces ne sont pas du tout équivalents. Il y a aussi le fait que les photographes sont beaucoup plus individualistes. Dans le spectacle en revanche, les auteurs et les techniciens sont mieux armés et historiquement mieux organisés pour faire respecter leurs droits.
La photographie a probablement été l’activité la plus bouleversée par la révolution numérique. Cette dernière a non seulement affecté la prise de vue, mais aussi et surtout la façon dont se déroulent les échanges. Les agences traditionnelles ont été supplantées par des plateforme globalisées. L’avenue du web2 n’a fait qu’enfoncer le clou avec des prix n’ayant plus pour objectif de rémunérer les auteurs. En ce sens, les photographes ont été plus fragilisés que d’autres auteurs.
Que pensez-vous de la solution proposée par France Image Pro ?
C’est une démarche très originale et une piste intéressante. L’ ambiguïté que je décèle dans ce projet est son positionnement face aux sociétés d’auteurs existantes, comme la SAIF. En revanche, la traçabilité des images, la sécurisation des transactions entre auteurs et utilisateurs offertes ont un intérêt évident. Tant pour les commanditaires que pour les photographes. Outre d’établir une relation de confiance, cela permettra de proposer des contrats et des solutions sécurisés d’un point de vue juridique. Car les utilisateurs sont souvent en attente de transactions sans problèmes et ne cherchent pas forcément à exploiter les auteurs. En ce sens c’est une très bonne idée.
Encore une fois, la seule interrogation que j’ai concerne sa généralisation, type SACEM. Sauf à devenir une société d’auteurs. Mais j’avoue ne pas encore avoir eu le temps de me pencher sur tous les documents fournis.
Qu’est-ce qui, selon vous, permettrait à cette plateforme FIP d’éclore plus rapidement  ?
En l’état de ma connaissance du projet, j’entrevois deux stratégies possibles. Soit devenir une entreprise autonome, avec un modèle économique à définir, pour restaurer la valeur du marché photographique en convaincant de plus en plus de photographes et de commanditaires à y adhérer. Le problème est alors de séduire les premiers utilisateurs pour faire décoller cette plateforme et susciter l’adhésion du plus grand nombre. Il y a sans doute des partenariats à trouver.
Soit de s’institutionnaliser avec l’appui des pouvoirs publics pour devenir en quelque sorte le bras armé des sociétés d’auteurs et des agences traditionnelles. Et, avec leur collaboration, de faire remonter les ressources et de les redistribuer entre celles-ci et les auteurs. Dans tous les cas ce projet est intéressant.


Bio express
Dominique Sagot-Duvauroux est professeur d’économie et chercheur à la faculté de droit, d’économie et de gestion de l’université d’Angers. Spécialiste des questions d’économie culturelle, du droit d’auteur et du marché de l’art contemporain, il est l’auteur de nombreux articles et de plusieurs ouvrages sur ces thèmes.
Dans le cadre de ses recherches, il s’est penché dès les années 1990 sur le marché de la photographie avec des missions pour le compte du ministère de la culture. Notamment sur le marché des tirages photographiques et plus récemment sur la rémunération des auteurs, suite à la révolution numérique.

La Photographie Française étouffe

logo-libeDans la droite ligne de notre billet précédent, c’est au tour de Libération de tirer la sonnette d’alarme avec ce titre alarmant. En ligne de mire, les retards de paiement des diffuseurs aux photographes qui ne font que les précariser davantage et l’interpellation des pouvoirs publics. Une initiative soutenue par la majorité des agences photographiques.

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Evaporation de notre économie

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L’excellente émission “Regardez Voir“ du 26 février dernier, consacrée à la photographie et diffusée le dimanche soir à partir de 23 h 15 sur France Inter, posait la question « comment vivent les photographes aujourd’hui“ ? Mal. Comme ont pu en témoigner les interlocuteurs de Brigitte Patient lors de cette édition : Dominique Sagot-Duvauroux, économiste et chercheur à l’université d’Angers ; Olivier Culmann, photographe, membre de Tendance Floue et François Cheval, ancien directeur du musée de la photographie Nicéphore Niépce. On retiendra notamment de ce débat la remarque de Dominique Sagot-Duvauroux, spécialiste des questions d’économie culturelle : «  il y a un phénomène d’évaporation de la valeur produites par les photographies, d’abord hors de de la filière photographique vers les capitalisations boursières des grands sites d’internet… j’appelle ça la valeur vaporeuse de la culture … et une évaporation de la valeur entre le diffuseur et l’auteur… » C’est justement cette évaporation, constatée par France Image Pro dès sa création, qui a guidé l’ensemble de sa réflexion vers l’élaboration d’un outil permettant d’y faire face.

Pour ré-écouter cette émission : Regardez Voir 26/02

Réunion France Image Pro, on avance

Lundi 12 décembre, la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Ploermel (56) accueillait France Image Pro et ses 12 membres présents, dont le bureau et Jean-Pierre Roux, avocat conseil.
 Une réunion qui était l’occasion de dévoiler la seconde vidéo de présentation du projet et de la solution France Image Pro, réalisée en interne, et destinée à exposer de manière synthétique les outils que FIP propose de mettre en œuvre pour sauvegarder nos professions. Son objectif premier étant d’avoir un outil de présentation didactique pour la recherche de fonds et financer la version bêta de la plate-forme.

La réunion a débuté à 18 heures avec nos félicitation à François Lucazeau, membre de FIP, artisan adhérent CGPME et élu à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat.
 Pour information, la première vidéo “Constat de la profession“, présentée lors de l’AG 2016, a de nouveau été visionnée. Suivie de la seconde vidéo “Images et économie“, approfondissant le propos, son fonctionnement, la solution et le budget recherché.
Plusieurs observations ont été émises, notamment sur la forme, la taille des caractères ou la vitesse de défilement des pages. Des remarques prises en compte pour une nouvelle version à venir.
Guy Coste estime que la vidéo devrait davantage montrer le rôle “protecteur“ que peut avoir FIP auprès des clients et de sensibiliser les institutions pour éviter une “ubérisation“ de la profession. Il a également souligné la pertinence d’être proche des cabinets comptables, pour le contrôle des flux financiers liés aux échanges.

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Laetitia Jestin évoque une nouvelle fois la notion de “tout gratuit“ qui prévaut auprès des clients (concours des OT, clients qui exigent les fichiers natifs ou haute définition pour des usages plus restreints) et également le manque d’exigence de certains photographes conduisant à cette ubérisation de la profession. Terme qui reviendra souvent dans la conversation
Bruno Astorg insiste sur la nécessité que FIP, en plus de sa qualité de guide dans les transactions photographes-clients, puisse activer un axe plus répressif contre les pratiques abusives.
Isabelle Guegan s’est interrogée sur la grille tarifaire, sujet maintes fois abordé. Il est rappelé que la plate-forme FIP n’imposera aucun tarif, que chaque adhérent sera toujours libre de fixer ses prix et que seul un barème-seuil, en deçà de toute viabilité, sera indiqué.
Enfin, Baptiste Leglatin a informé l’assemblée d’un appel à projet PRI-PIA (Partenariat Régional d’Innovation en Bretagne) dans lequel le projet FIP pourrait s’inscrire. A la suite de cette information, les membres présents ont donné mandat à la société API (dont le gérant est Baptiste) pour porter ce nouveau projet FIP auprès de la Région. Nous aurons l’occasion d’y revenir
La réunion s’est terminée à 20 h 30 autour d’un verre et d’un repas convivial.

AG, adhésion collective

Lundi 14 mars, la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Lorient accueillait l’AG de France Image Pro. Près d’une vingtaine de membres y étaient présents ou représentés. Après le traditionnel tour de table de présentations, quitus est donné à l’unanimité aux rapports moraux du président et du trésorier. Le bureau est également reconduit à l’unanimité. La proposition de relever le montant de la cotisation à 50 € est acceptée à la majorité, en précisant toutefois que les futurs adhérents doivent au préalable accepter la charte FIP. Bulletin d’adhésion disponible au format pdf ou Word.
Cette AG était également l’occasion de dévoiler la vidéo de présentation du projet et de la solution France Image Pro, réalisée en interne, et destinée à exposer de manière synthétique la vision de FIP pour la sauvegarde de nos professions. Un document ayant recueilli l’adhésion de tous et qui a suscité de riches échanges.
Outre la poursuite des contacts déjà entrepris auprès des différentes institutions pour exposer notre projet, les futurs axes de travail portent sur une meilleure communication et  le développement de la solution FIP, résumée dans cette vidéo.
L’AG s’est prolongée de manière conviviale autour d’une table réunissant l’ensemble des participants. Saluons au passage l’adhésion de 4 nouveaux confrères, convaincus par la vision FIP.

Les Photographies de l’année

Nixolas Grillard-Demaire, lauréat catégorie animalière.

Nixolas Grillard-Demaire, lauréat catégorie animalière.

C’est dans le cadre magnifique de l’abbaye de l’Epau, au Mans, que s’est déroulée, du 11 au 13 mars, la 8ème éditions des Photographies de l’année. Une manifestation originale dont le mérite est de mettre en valeur le travail des photographes professionnels et la diversité de leurs talents. A commencer par un concours réservé aux professionnels de la francophonie, particulièrement éclectique. Vous pouvez retrouver l’ensemble des lauréats ici ainsi que les finalistes primés dans les différentes catégories .
Mais c’est aussi une excellente occasion de réunir la profession autour de tables rondes, rencontres, débats et échanges fructueux. FIP était également présent, profitant de l’événement pour y nouer de nouveaux contacts.

Photographies de l'année

Les participants à la remise des prix du vendredi soir (photo Yann Le Jamtel).

AG 2016

L’assemblée générale FIP se déroulera le lundi 14 mars à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Lorient, Rue Raymond Queudet, à 18 h. Merci de bien vouloir confirmer votre présence ou de déléguer votre pouvoir à la personne de votre choix si vous ne pouvez être présents. Sans oublier de signaler votre participation éventuelle au repas qui suivra, directement auprès de Stéphane. Convocation et pouvoir à télécharger ici.

Une bonne nouvelle

Logo SaifLes choses bougent dans le bon sens comme en témoigne cette info diffusé par la SAIF : « Après son adoption par la Commission Culture, le Sénat a adopté unanimement, le 10 février dernier, notre amendement « images référencées par les moteurs de recherche » .
La SAIF souligne également la mobilisation politique rare, tous parti confondus, pour soutenir les créateurs. Plus d’informations sur le site de la SAIF.

Nouvelles dispositions pour la caisse de retraite complémentaire des auteurs

Le décret d’application de la réforme de la retraite complémentaire obligatoire des artistes-auteurs vient d’être publié. Il entérine le passage d’un système par classes optionnelles à un taux de cotisation proportionnel aux revenus artistiques, accompagné d’une phase de transition.

la suite sur le site de l’IRCEC