De la constance

Dans une note récente de son blog, Dominique Sagot-Duvauroux, que FIP avait interrogé ici, livre un résumé de ses études sur les économies des droits d’auteurs avec un lien pointant sur le rapport de synthèse qu’il a établi en 2017 avec Françoise Benhamou.

Dans ce résumé qui souligne les profonds bouleversements du marché de l’art et plus généralement de toute la filière, il relève notamment : … elles se heurtent à la complexité et parfois à l’opacité des mécanismes de répartition des droits… Ces évolutions semblent pour le moment avoir des conséquences négatives sur le revenu des auteurs, dont le pouvoir de négociation au sein des filières s’affaiblit, d’autant que nombre de secteurs sont ou deviennent des économies de commandes, qui s’insèrent dans des filières très intégrées verticalement et dominées par l’aval.

Un constat toujours d’actualité, réclamant de remettre l’édifice un peu d’aplomb.

Meero, Uber de la photographie ?

En juin dernier, la start-up française Meero a fait la une des médias en annonçant avoir réussi une levée de fonds de 230 millions de dollars. Devenant de fait la nouvelle licorne tricolore de la French Tech à rejoindre OVH, Deezer ou BlaBlacar, nos porte-étendards nationaux.

Après avoir créé une plateforme « classique » de mise en relation entres clients et photographes, Meero vise à passer au stade supérieur en s’appuyant notamment sur l’intelligence artificielle pour traiter les images, en plus de s’imposer comme un intermédiaire entre utilisateurs et producteurs d’images, afin de s’ériger en Uber de la photographie.

Passée la première vague d’enthousiasme cocorico, des voix discordantes se sont faites entendre au cours de l’été. A commencer par les photographes, clamant à juste titre que Meero conduit à brimer leur créativité. En effet, si la start-up annonce pouvoir décharger les photographes d’une partie de leur travail en utilisant son IA pour les retouches, elle impose également un cahier des charges et le respect de conditions strictes pour les séances de prises de vues, induisant ainsi une certaine standardisation des images, au détriment de la créativité.

Photo, B. Leglatin

Autres griefs évoqués, en arguant soulager les photographes du travail de mise en relation avec les clients, Meero impose des tarifs tirés vers le bas, accentuant ainsi la précarisation d’une profession déjà fragilisée et reniant la créativité des auteurs. Ou encore l’abandon des droits des photographes au profit de la plateforme et frisant l’illégalité. Bref, le torchon brûle entre les photographes dénonçant l’uberisation de leur métier, appelant même à son boycott, et le nouveau fleuron de la French Tech.

L’avis de FIP

Les investisseurs sont des gens avisés, soucieux du devenir de leur argent. Au-delà du discours marketing, s’ils investissent dans la start-up, c’est bien qu’ils croient en ses capacités de développement. D’autres sociétés analogues existent (PictHouse…) ou existeront dans le futur. Si ce n’est dans Meero aujourd’hui, c’est sur une autre plateforme qu’ils miseront demain.

D’autre part, si Meero (comme d’autres) semble aujourd’hui flirter avec la « zone grise », voire l’illégalité de certaines pratiques (abandon de droits), elle devra tout bonnement s’adapter et rentrer dans le rang. Dernier exemple en date, le géant Uber, récemment fragilisé en bourse et contraint par plusieurs états à réviser ses conditions au risque de voir nombre de ses prestataires indépendants requalifiés en salariés.

Dès lors, il paraît un peu vain de se battre contre des moulins. Et, plutôt que de hurler au loup, il nous semple plus constructif de tenter de domestiquer l’animal, de l’astreindre au respect des bonnes pratiques et de l’accompagner sur le chemin d’une rémunération équitable.

C’est l’essence même et le cœur du projet FIP défendu depuis des années.

Les choses bougent

Après être devenu le premier pays à se doter d’un droit voisin pour la presse obligeant les GAFAM à payer pour les articles, photos ou vidéos de journalistes relayés par les agrégateur d’actualité en ligne, la France souhaite aller plus loin.

Comme le révélait Le Monde (article abonné) le 26 août, Franck Riester, le ministre le la culture, a demandé au Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, de relancer l’idée d’une taxe « Google Images » en vue de rémunérer – sur le même principe que le droit voisin de la presse – les auteurs de photos mises en ligne sur les « services automatisés de référencement d’images ».

Nul doute que cela fera grincer quelques dents, mais les choses tendent vers une juste rémunération des auteurs et le rétablissement d’une économie autour du marché des images.

Point d’étape

Bref récapitulatif des actions récemment engagées par France Image Pro.

– Fin 2018, constitution d’un dossier et candidature FIP à un appel à projets de la Région, bien que celui-ci ne soit pas en parfaite adéquation. Non recevable comme prévu, il suscite néanmoins l’intérêt, les encouragements et les soutiens.Dossier FIP

– avril 2019, refonte et reformulation du dossier FIP pour un nouvel appel à Projet de la Région, relayé par la technopole de Lorient, Audelor, intéressée par le projet France Image Pro. Dossier en cours et candidature déposée en novembre.

– 1er trimestre 2019, poursuites des entretiens avec la CRMA et Mme Hellot, directrice du développement économique durable et territorial, et avec la CMA 56 pour appuis et conseils sur la réalisation de dossiers.

– Mai 2019, rencontre avec M. Erwan Balanant, député du Finistère et également photographe. Entretien fructueux.

– Mai 2019, travail conjoint entre FIP et Me Jean-Pierre Roux, avocat spécialiste de la propriété intellectuelle et soutien affirmé de ce dernier.

– Juillet 2019, rencontre avec Mme Muriel Jourda, sénateur du Morbihan avec accueil très favorable du projet FIP.

– Juillet 2019, rencontre avec l’attaché parlementaire de Mme Nicole le Peih, député de la 3ème circonscription du Morbihan et qui doit relayer notre projet.

Et toujours, depuis longtemps, l’appui actif de la CPME du Morbihan.

 France Image Pro ne communique pas beaucoup mais tient le cap, sans dévier.

FIP place ses pions

Le silence de ce blog et une carence en communication, malgré un travail souterrain constant, évoqués lors de la dernière AG FIP méritent quelques explications.

Début 2018 et après réflexion, France Image Pro a quelque peu réorienté sa stratégie. Ainsi, plutôt que de s’essouffler en essayant d’accroître le nombre d’adhérents et de les fédérer, FIP a préféré se recentrer sur son coeur de projet pour le faire avancer en s’appuyant sur un noyau de personnes motivées.

Dès lors, tous les efforts ont porté sur des actions concrètes : recherche de financement pour lancer une version de démonstration de la plateforme, rencontres de techniciens et de politiques, constitution d’un dossier pour répondre à un appel à projet de la Région (cadrage du projet au règlement, hiérarchisation et structuration du fond, développement et formulation des arguments, respect de la forme…)

Un gros travail invisible réalisé par le coeur de l’ équipe et ayant, par nécessité, relégué la communication au second plan. Mais nous allons tenter d’y remédier.

Assemblée Générale FIP

L’AG France Image Pro s’est déroulée le 7 mai à Larmor Plage. En préambule de son rapport moral, le président, Baptiste Leglatin, rappelle que la situation générale entourant nos professions demeure préoccupante avec peu d’évolutions positives. En revanche, il souligne que le contexte général (récente adoption de la nouvelle directive européenne du droit d’auteur, accueil toujours plus intéressé des personnes contactées par FIP etc.) se montre plus favorable que jamais.

Il explique également que FIP est sur le bon chemin, que le projet porté par l’association est mûr et de plus en plus en adéquation avec les attentes de toute la filière “réalisation d’images“.

Les rapports des président, trésorier et secrétaire sont approuvés. L’élection du bureau reconfirme Baptiste Leglatin, président ; Stéphane Cuisset, secrétaire et élit François Lucazeau trésorier à la place de Charles Crié qui a manifesté l’intention de quitter sa charge.

La cotisation est fixée à 50 € et les axes prioritaires définis pour l’année :

– Elaboration du document de synthèse.

– Poursuite de la recherche de soutiens et financements.

– Mise en place d’ateliers pour l’élaboration de la version ß de la plateforme.

La question de réalimenter le blog France Image Pro, délaissé, est également évoquée. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

Stéphane rappelle enfin que le démarchage de nouveaux adhérents n’est pas à négliger, malgré d’autres priorités, et invite chacun à en parler autour de soi pour accroître notre représentativité.

Vous souhaitez nous rejoindre ? Bulletin d’adhésion disponible ici

Trois questions à Dominique Sagot-Duvauroux

Dominique Sagot-Duvauroux est professeur d’économie à l’université d’Angers et  spécialiste de l’économie de la Culture. Suite à son passage dans l’émission «  Regardez Voir  » sur France Inter, Baptiste Leglatin l’a rencontré en mars dernier pour lui présenter le projet France Image Pro. En prolongement de cette entrevue, nous avons souhaité connaître son sentiment sur ce projet.

Quel est votre regard sur l’état de la profession  ?
Ce qui s’est passé suite aux transformations induites par le numérique est qu’une part sans cesse croissante de la valeur du marché de la photographie s’échappe au profit de nouveaux acteurs, tels les fournisseurs d’accès internet ou des société mondialisées type Google. Ce que j’appelle “la valeur vaporeuse“. En effet, la valeur produite par les créateurs ne leur revient plus. Ces transformations touchent toutes les activités de la culture. La photographie et la musique sont sans aucun doute celles qui ont été le plus affectées par ces mutations technologiques. Mais le parallèle s’arrête là. Car, en ce qui concerne la musique par exemple, les concerts sont revenus au centre de l’activité, limitant de fait cette “valeur vaporeuse “. Alors qu’en ce qui concerne la photographie, même si les expositions sont régulièrement au premier plan de l’actualité, la valeur produite ne revient pas aux photographes.
Un autre distinguo est que la musique s’adresse principalement aux particuliers alors que la photographie concerne davantage les professionnels qui sont les commanditaires et utilisateurs d’images. Or, dans ce cas les rapports de forces ne sont pas du tout équivalents. Il y a aussi le fait que les photographes sont beaucoup plus individualistes. Dans le spectacle en revanche, les auteurs et les techniciens sont mieux armés et historiquement mieux organisés pour faire respecter leurs droits.
La photographie a probablement été l’activité la plus bouleversée par la révolution numérique. Cette dernière a non seulement affecté la prise de vue, mais aussi et surtout la façon dont se déroulent les échanges. Les agences traditionnelles ont été supplantées par des plateforme globalisées. L’avenue du web2 n’a fait qu’enfoncer le clou avec des prix n’ayant plus pour objectif de rémunérer les auteurs. En ce sens, les photographes ont été plus fragilisés que d’autres auteurs.
Que pensez-vous de la solution proposée par France Image Pro ?
C’est une démarche très originale et une piste intéressante. L’ ambiguïté que je décèle dans ce projet est son positionnement face aux sociétés d’auteurs existantes, comme la SAIF. En revanche, la traçabilité des images, la sécurisation des transactions entre auteurs et utilisateurs offertes ont un intérêt évident. Tant pour les commanditaires que pour les photographes. Outre d’établir une relation de confiance, cela permettra de proposer des contrats et des solutions sécurisés d’un point de vue juridique. Car les utilisateurs sont souvent en attente de transactions sans problèmes et ne cherchent pas forcément à exploiter les auteurs. En ce sens c’est une très bonne idée.
Encore une fois, la seule interrogation que j’ai concerne sa généralisation, type SACEM. Sauf à devenir une société d’auteurs. Mais j’avoue ne pas encore avoir eu le temps de me pencher sur tous les documents fournis.
Qu’est-ce qui, selon vous, permettrait à cette plateforme FIP d’éclore plus rapidement  ?
En l’état de ma connaissance du projet, j’entrevois deux stratégies possibles. Soit devenir une entreprise autonome, avec un modèle économique à définir, pour restaurer la valeur du marché photographique en convaincant de plus en plus de photographes et de commanditaires à y adhérer. Le problème est alors de séduire les premiers utilisateurs pour faire décoller cette plateforme et susciter l’adhésion du plus grand nombre. Il y a sans doute des partenariats à trouver.
Soit de s’institutionnaliser avec l’appui des pouvoirs publics pour devenir en quelque sorte le bras armé des sociétés d’auteurs et des agences traditionnelles. Et, avec leur collaboration, de faire remonter les ressources et de les redistribuer entre celles-ci et les auteurs. Dans tous les cas ce projet est intéressant.


Bio express
Dominique Sagot-Duvauroux est professeur d’économie et chercheur à la faculté de droit, d’économie et de gestion de l’université d’Angers. Spécialiste des questions d’économie culturelle, du droit d’auteur et du marché de l’art contemporain, il est l’auteur de nombreux articles et de plusieurs ouvrages sur ces thèmes.
Dans le cadre de ses recherches, il s’est penché dès les années 1990 sur le marché de la photographie avec des missions pour le compte du ministère de la culture. Notamment sur le marché des tirages photographiques et plus récemment sur la rémunération des auteurs, suite à la révolution numérique.

La Photographie Française étouffe

logo-libeDans la droite ligne de notre billet précédent, c’est au tour de Libération de tirer la sonnette d’alarme avec ce titre alarmant. En ligne de mire, les retards de paiement des diffuseurs aux photographes qui ne font que les précariser davantage et l’interpellation des pouvoirs publics. Une initiative soutenue par la majorité des agences photographiques.

Cet article est lire ici

Evaporation de notre économie

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L’excellente émission “Regardez Voir“ du 26 février dernier, consacrée à la photographie et diffusée le dimanche soir à partir de 23 h 15 sur France Inter, posait la question « comment vivent les photographes aujourd’hui“ ? Mal. Comme ont pu en témoigner les interlocuteurs de Brigitte Patient lors de cette édition : Dominique Sagot-Duvauroux, économiste et chercheur à l’université d’Angers ; Olivier Culmann, photographe, membre de Tendance Floue et François Cheval, ancien directeur du musée de la photographie Nicéphore Niépce. On retiendra notamment de ce débat la remarque de Dominique Sagot-Duvauroux, spécialiste des questions d’économie culturelle : «  il y a un phénomène d’évaporation de la valeur produites par les photographies, d’abord hors de de la filière photographique vers les capitalisations boursières des grands sites d’internet… j’appelle ça la valeur vaporeuse de la culture … et une évaporation de la valeur entre le diffuseur et l’auteur… » C’est justement cette évaporation, constatée par France Image Pro dès sa création, qui a guidé l’ensemble de sa réflexion vers l’élaboration d’un outil permettant d’y faire face.

Pour ré-écouter cette émission : Regardez Voir 26/02

Réunion France Image Pro, on avance

Lundi 12 décembre, la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Ploermel (56) accueillait France Image Pro et ses 12 membres présents, dont le bureau et Jean-Pierre Roux, avocat conseil.
 Une réunion qui était l’occasion de dévoiler la seconde vidéo de présentation du projet et de la solution France Image Pro, réalisée en interne, et destinée à exposer de manière synthétique les outils que FIP propose de mettre en œuvre pour sauvegarder nos professions. Son objectif premier étant d’avoir un outil de présentation didactique pour la recherche de fonds et financer la version bêta de la plate-forme.

La réunion a débuté à 18 heures avec nos félicitation à François Lucazeau, membre de FIP, artisan adhérent CGPME et élu à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat.
 Pour information, la première vidéo “Constat de la profession“, présentée lors de l’AG 2016, a de nouveau été visionnée. Suivie de la seconde vidéo “Images et économie“, approfondissant le propos, son fonctionnement, la solution et le budget recherché.
Plusieurs observations ont été émises, notamment sur la forme, la taille des caractères ou la vitesse de défilement des pages. Des remarques prises en compte pour une nouvelle version à venir.
Guy Coste estime que la vidéo devrait davantage montrer le rôle “protecteur“ que peut avoir FIP auprès des clients et de sensibiliser les institutions pour éviter une “ubérisation“ de la profession. Il a également souligné la pertinence d’être proche des cabinets comptables, pour le contrôle des flux financiers liés aux échanges.

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Laetitia Jestin évoque une nouvelle fois la notion de “tout gratuit“ qui prévaut auprès des clients (concours des OT, clients qui exigent les fichiers natifs ou haute définition pour des usages plus restreints) et également le manque d’exigence de certains photographes conduisant à cette ubérisation de la profession. Terme qui reviendra souvent dans la conversation
Bruno Astorg insiste sur la nécessité que FIP, en plus de sa qualité de guide dans les transactions photographes-clients, puisse activer un axe plus répressif contre les pratiques abusives.
Isabelle Guegan s’est interrogée sur la grille tarifaire, sujet maintes fois abordé. Il est rappelé que la plate-forme FIP n’imposera aucun tarif, que chaque adhérent sera toujours libre de fixer ses prix et que seul un barème-seuil, en deçà de toute viabilité, sera indiqué.
Enfin, Baptiste Leglatin a informé l’assemblée d’un appel à projet PRI-PIA (Partenariat Régional d’Innovation en Bretagne) dans lequel le projet FIP pourrait s’inscrire. A la suite de cette information, les membres présents ont donné mandat à la société API (dont le gérant est Baptiste) pour porter ce nouveau projet FIP auprès de la Région. Nous aurons l’occasion d’y revenir
La réunion s’est terminée à 20 h 30 autour d’un verre et d’un repas convivial.